Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 18 août 2026

À la recherche de l'éveil perdu

Vous connaissez peut-être quelqu'un comme ça : un adolescent qui s'endort à répétition en plein cours ou un adulte durant une passionnante réunion, quelqu'un qu'on a parfois pris pour un paresseux et dont les genoux fléchissent étrangement quand il éclate de rire. Il s'agit peut-être de narcolepsie (du grec narco-, « engourdissement », et -lepsie, « attaque »).

Les symptômes étonnants de la narcolepsie tiennent à la disparition d'une molécule dans le cerveau, l'orexine. Or, un nouveau traitement vient justement d'être approuvé. D'abord en Chine en juillet, le médicament oveporexton vient de l'être aux États-Unis le 5 août. La substance active le récepteur normalement stimulé par l'orexine, imitant son message à l'endroit où celui-ci doit être reçu.

La petite molécule, fabriquée par l'hypothalamus, notre chef d'orchestre placé avec raison au centre du cerveau, a pour fonction essentielle de maintenir l'éveil et d'empêcher le sommeil de rêve de surgir sans crier gare durant la journée. Dans la narcolepsie de type 1, environ 95 % des neurones qui produisent l'orexine ont en effet disparu. On soupçonne une attaque auto-immune (quand notre système immunitaire nous prend pour cible) contre ces neurones, sans l'avoir toutefois démontré directement jusqu'ici.

L'orexine agit comme un interrupteur placé à « on » et qui garde allumée la lumière dans le cerveau. En cas de narcolepsie, le message devient inconstant et se produisent alors les symptômes incontrôlables, qui manifestent une perturbation de la frontière entre l'éveil et des phénomènes normalement liés au sommeil : somnolence irrésistible, nuits fragmentées, hallucinations au moment de s'endormir ou se réveiller, paralysies du sommeil et… cataplexie.

La quoi ? La cataplexie (du grec kata, « vers le bas », et plêxis, « frapper », donc être « soudainement abattu ») est une perte soudaine du tonus musculaire, souvent déclenchée par une émotion agréable. La personne rit et ses jambes lâchent, tout en restant consciente. Plutôt curieux, non ? Mais surtout très dérangeant.

Jusqu'ici, les médicaments servaient surtout à combattre séparément ces conséquences : lutter contre la somnolence diurne (surtout le modafinil) ou d'autres pour freiner la cataplexie (oxybates et certains antidépresseurs), en plus des changements dans les habitudes de vie.

Aucun ne remplaçait toutefois le signal disparu, ce qui rend l'oveporexton intéressant. Dans un essai publié en 2025 dans le New England Journal of Medicine, 112 personnes réparties au hasard recevaient soit le traitement, soit le placebo. On leur demandait de rester éveillées, assises dans une pièce sombre et silencieuse, et sans rien faire.

Selon la dose, le temps d'éveil augmentait en moyenne de 12,5 à 25,4 minutes sous médicament. Jusqu'au 4 participants sur 5 atteignaient même un niveau considéré comme normal, contre seulement environ 1 sur 20 avec le placebo. Et la somnolence et les crises de cataplexie avaient également beaucoup diminué.

Deux plus vastes essais totalisant 273 adultes ont ensuite montré des résultats favorables sur l'ensemble des symptômes, bien que l'article scientifique complet ne soit pas encore publié. L'efficacité à court terme paraît donc convaincante, même si les effets d'un traitement à long terme restent à préciser et que certains effets secondaires survenaient : environ six patients sur dix ont rapporté de l'insomnie (pas surprenant) et presque autant un besoin d'uriner plus souvent, mais ces effets étaient généralement légers ou modérés et réversibles.

D'accord, l'oveporexton ne fait pas repousser les neurones détruits et ne guérit pas la maladie, il se contente de remplacer (efficacement) un signal manquant. Mais réussir à rétablir l'éveil en intervenant précisément sur le mécanisme défectueux représente tout de même une avancée remarquable pour les gens souffrant de narcolepsie. Bémol final : il n'est pas encore homologué au Canada et aucune date n'a été annoncée.

Des décennies de recherche séparent la découverte de l'orexine du premier comprimé homologué qui en reproduit le message. Il n'est pas encore arrivé chez nous, mais il promet de changer la manière de soigner cette étrange maladie.

*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Kingwell K. Orexin receptor agonist secures landmark narcolepsy approval. Nature Reviews Drug Discovery, 10 août 2026. nature.com
  • Dauvilliers Y, Plazzi G et coll. Oveporexton, an Oral Orexin Receptor 2-Selective Agonist, in Narcolepsy Type 1. New England Journal of Medicine, 15 mai 2025;392:1905-1916. doi.org
  • Humphreys CJ, Liu RR, Simms TM. Narcolepsie. Journal de l'Association médicale canadienne (CMAJ), 22 avril 2024. cmaj.ca

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