Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 14 juillet 2026

Bien mal assis ne profite jamais

On le sait, le comportement sédentaire nuit à la santé, donc je vous souhaite d'abord de lire ceci debout : une étude parue le 2 juillet dans la revue PLOS Medicine ajoute une nuance importante, à savoir que ce n'est pas seulement le nombre d'heures de sédentarité qui compte, mais peut-être aussi la manière dont ces heures s'accumulent.

Des chercheurs de Glasgow, de Harvard et d'autres équipes ont analysé 91 292 adultes de la UK Biobank (âge moyen 56 ans), avec un suivi médian rapporté de 12,38 ans. Fait rare (et précieux) : au lieu de se fier à ce que les gens déclarent, souvent à côté de la réalité, ils ont mesuré l'activité et la sédentarité pendant 7 jours avec un accéléromètre (capteur de mouvement) porté au poignet. Ils ont ainsi obtenu un portrait beaucoup plus objectif qu'une estimation par questionnaire.

Ils ont donc distingué deux façons de vivre sa sédentarité, à vous de voir laquelle vous ressemble le plus. La sédentarité « prolongée » (exemple : être assis au moins 30 minutes 90 % du temps) comme pendant un film qu'on regarde d'un trait ou la réunion qui n'en finit plus de finir. Et la sédentarité « interrompue » : des épisodes entrecoupés de périodes de mouvements — se lever, marcher un peu, s'étirer.

Le contraste est frappant. Chaque heure supplémentaire de sédentarité prolongée est associée à environ 9 % de risque relatif supplémentaire de mortalité par cancer. À l'inverse, chaque heure de temps sédentaire « interrompu » est associée à environ 18 % de risque relatif en moins. Et quand les chercheurs remplaçaient une heure de position assise prolongée par de l'activité légère (comme marcher tranquillement ou faire le ménage), la mortalité par cancer reculait d'environ 12 %. De même, pour une demi-heure d'activité modérée remplaçant le même temps sédentaire prolongé : environ 8 % moins de cancer. Les cancers liés à l'obésité et au diabète faisaient partie des catégories concernées, ce qui concorde avec des mécanismes métaboliques plausibles; l'étude ne montre toutefois pas que l'association soit réservée aux personnes obèses ou diabétiques.

Au fait, pourquoi la position assise prolongée augmenterait-elle le risque de cancer ? Ce n'est pas encore si clair, mais l'hypothèse la plus solide est liée au métabolisme : quand nos muscles restent inertes trop longtemps, la régulation du glucose devient moins efficace. Cela favoriserait la hausse de l'insuline, l'inflammation de bas grade, une moins bonne fonction immunitaire et l'accumulation de graisse. C'est ce terrain, à la longue, qui favoriserait certains cancers. Au contraire, bouger, même seulement de temps en temps, réveillerait les muscles et relancerait une partie de cette machinerie métabolique. Se lever régulièrement serait ainsi un geste de prévention plausible, simple et gratuit — sans que cette étude prouve à elle seule l'effet causal.

Doit-on paniquer dans son fauteuil moelleux? C'est ici que je nuance. Il s'agit de ce qu'on appelle une étude d'observation, à même de montrer une association, sans établir la preuve d'un lien de causalité direct entre le fauteuil et le cancer. Par ailleurs, les volontaires de la UK Biobank sont en moyenne plus en santé et plus actifs que la population générale; et surtout, principale limitation, l'accéléromètre ne mesure (objectivement) qu'une semaine et ne distingue pas le contexte (travail, télé, conduite) ce qui limite la généralisation des chiffres. Mais le message pratique, lui, se tient (et même debout), rejoignant ce qu'on sait déjà : le corps humain est fait pour bouger. La bonne nouvelle? Pas besoin de courir un marathon, se lever toutes les demi-heures, marcher jusqu'à la fenêtre, monter un étage à pied : tous ces gestes minuscules comptent fort probablement, même s'ils ne remplacent pas l'activité régulière recommandée. Et dans notre monde d'écrans, de chaises et de bureaux, c'est une prescription que presque tout le monde peut s'offrir.

Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Zhou Z. et coll. Accelerometry-measured prolonged and interrupted sedentary behavior and cancer incidence and mortality: a cohort study of 91,292 UK Biobank participants. PLOS Medicine, 2 juillet 2026. journals.plos.org
  • Friedenreich C.M., Ryder-Burbidge C., McNeil J. Physical activity, obesity and sedentary behavior in cancer etiology. Molecular Oncology. 2021;15(3):790-800. doi:10.1002/1878-0261.12772. pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  • National Cancer Institute (NCI) : Physical Activity and Cancer — Fact Sheet. cancer.gov

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