Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 5 août 2026

Bouger pour mieux entendre en vieillissant? Un peu, oui.

Le vieillissement de l'oreille (et donc l’audition qui baisse) est pratiquement inévitable et liée à plusieurs causes. Le principal responsable, c’est que les cellules ciliées (ces cellules sensorielles de la cochlée qui transforme les sons en signaux nerveux) ne se remplacent pas une fois perdues. C'est leur disparition, surtout dans la zone des sons aigus, qui prédit le mieux le degré de surdité. La petite centrale circulatoire de l'oreille interne, longtemps soupçonnée, compte aussi, au second rang.

S'ajoutent le bruit accumulé toute une vie, les maladies métaboliques, certains médicaments, le stress oxydatif, l'usure des mitochondries (les centrales énergétiques de nos cellules), et comme d’habitude, le tabac et l'alcool. L'hérédité pèse lourd aussi : une étude parue cette année chez plus de 456 000 personnes a repéré 140 régions du génome associées à la presbyacousie, le nom savant de cette perte auditive liée à l'âge.

Il existe même une forme plus sournoise, la perte auditive “cachée” : les connexions entre les cellules ciliées et le nerf auditif se raréfient, le test d'audition reste normal, mais au restaurant, dans le bruit, on ne suit plus la conversation. Ça vous dit quelque chose?

C'est dans ce paysage qu'arrive une étude américaine parue récemment dans Scientific Reports. Chez 150 adultes de 50 à 80 ans, des chercheurs de l'Université de Caroline du Sud ont mesuré en même temps l'audition, la tension artérielle, la mémoire et la capacité physique, soit le fait d'être limité ou non par sa santé pour courir, monter un escalier ou marcher un kilomètre.

Leur hypothèse était que la forme physique protège l'oreille en faisant baisser la tension artérielle, mais elle n’a pas tenu: celle-ci baisse ne prédisait pas l'audition, ce qui cadre bien avec l'idée que le vasculaire n'est pas le moteur principal. Sauf que le niveau d’exercice était bien associé avec le maintien de l’audition.

On sait que dix d'âge en coûtent près de 10 décibels (ce qui correspond à peu près à une perception moitié moindre). Pour l’exercice, chaque tranche de capacité physique correspondait à un seuil auditif meilleur de 1,3 décibel et entre les plus limités et les plus en forme, l'écart atteint environ 4 décibels. Dans une autre cohorte japonaise sur plus de 25 000 adultes suivis six ans, les plus actifs durant leurs loisirs ont aussi vu leur risque de perte auditive diminuer de 13 %, surtout dans les sons aigus. Une autre étude montrait une réduction du risque associé de 30 %.

Reste que si on veut vraiment protéger son audition, où sont les preuves les plus solides? Du côté du bruit : de toutes les causes, le vacarme accumulé est justement celui qu'on peut éviter. Porter des protecteurs auditifs réduit nettement le risque de surdité professionnelle. Apprendre à bien insérer des bouchons est aussi bénéfique. Le reste : une alimentation riche en poisson, en fibres et en caroténoïdes s'accompagne d'une meilleure audition, mais la vitamine E, testée rigoureusement, n'a pour sa part rien donné.

Il faut savoir que l'OMS compte 430 millions de personnes ayant besoin de réadaptation auditive, dont plus du quart des 60 ans et plus, et un milliard de jeunes adultes qui s'exposent à une perte évitable avec leurs écouteurs. Par ailleurs, environ 7 % des cas de démence seraient attribuables à la perte auditive. Ainsi, si les conversations deviennent floues dans le bruit, un test auditif s'impose : appareiller ralentit le déclin cognitif de près de moitié sur quelques années chez les personnes à risque.

Je pense qu'il faut lire cette étude pour ce qu'elle est, soit un argument de plus, modeste, dans un dossier bien garni. Rester en forme ne vous rendra pas l'oreille de vos 20 ans, et n'effacera ni vos gènes ni les années. Mais l’idée de baisser le volume, mettre des bouchons au chantier et y penser au spectacle aussi n’ont plus à faire leurs preuves.

*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Neils-Strunjas J. et coll. « Physical function impacts hearing without mediation from systolic blood pressure ». Scientific Reports, en ligne le 30 mai 2026 (150 adultes de 50 à 80 ans). nature.com
  • Kawakami R. et coll. « Leisure-time physical activity and incidence of objectively assessed hearing loss: The Niigata Wellness Study ». Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 2021 (27 537 adultes, 6 ans). doi.org
  • Martinez-Amezcua P. et coll. « The association between midlife leisure-time physical activity and hearing loss in late-life ». Étude ARIC, The Journals of Gerontology Series A, 2022. doi.org
  • Li J. et coll. « Physical activity, physical fitness for hearing loss in adults: a systematic review ». The Laryngoscope, 2025 (revue de 13 publications). doi.org
  • Essai ACHIEVE : Lin F.R. et coll., The Lancet, 2023 (appareillage auditif et déclin cognitif), et son analyse secondaire sur l'activité physique, Journal of the American Geriatrics Society, 2025. thelancet.com
  • Tikka C. et coll. « Interventions to prevent occupational noise-induced hearing loss ». Cochrane Database of Systematic Reviews, 2017 (protecteurs, bouchons, réglementation). doi.org
  • Organisation mondiale de la Santé. « Surdité et perte auditive », aide-mémoire. who.int
  • Livingston G. et coll. « Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission ». The Lancet, 2024 (la part attribuable à la perte auditive). thelancet.com
  • Revues Consensus sur les causes, la prévention et plus spécifiquement l’effet de l’exercice. dropbox.com

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