Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 25 juillet 2026

Ça pique ? Ben gratte-toi pas !

En plein cœur de l'été, après le jardinage et les soirées sur la galerie, ce petit rituel se déroule durant la nuit dans toutes les chaumières : la fameuse piqûre de maringouin près de la cheville gauche qu'on gratte, gratte, gratte. Ça soulage un peu, puis ça repart de plus belle, souvent en pire. Et si votre mère avait raison de vous dire de ne pas vous gratter ? (Note: ma mère ne m'a jamais dit cela, de mémoire).

Perso, je suis un adepte du grattage, avec toutefois des techniques détournées, en allant autour plutôt que directement sur la piqûre. Il faut dire que j'ai une raison d'être prudent, puisque certaines des dizaines d'espèces de maringouins qui font notre bonheur l'été entraînent chez moi des réactions locales un peu trop impressionnantes, qui semblent clairement s'aggraver au grattage. Ai-je raison d'y voir un lien ? Peut-être !

Le sujet, revenu à l'avant-scène, s'appuie sur les travaux d'une équipe de l'Université de Pittsburgh, dirigée par le dermatologue Daniel Kaplan et publiée précédemment dans la revue Science. L'expérience, menée chez la souris, est astucieuse : on provoque une petite réaction sur l'oreille de l'animal, puis on compare celles qui se grattent à celles qu'on en empêche à l'aide d'un minuscule collier, comme ceux utilisés pour les chiens. Le résultat est net : les souris qui se grattent enflent ensuite davantage, les zones étant envahies par des cellules inflammatoires.

Il faut savoir que la peau abrite des cellules blanches sentinelles, les mastocytes, qui libèrent de l'histamine, la molécule qui déclenche la démangeaison. L'allergène (habituellement, la salive des maringouins, qui contient diverses substances, dont des anticoagulants) les active une première fois. En cas de grattage, une façon de se faire un peu mal en se voulant du bien, la sensation résultante pousse les nerfs à libérer un messager, la substance P, qui active… ces mêmes mastocytes par une deuxième porte d'entrée ! Deux signaux plutôt qu'un et, la réaction s'emballe, la bosse grossit et la démangeaison s'installe. Pourtant, comme le résume la Dr Kaplan, la sensation d'une piqûre de moustique qu'on ignore disparaît souvent d'elle-même, alors que celle qu'on gratte furieusement peut « nous accompagner pendant une semaine ».

Doit-on conclure que se gratter ne sert à rien ? Pas tout à fait ! Parce que chez ces mêmes souris, le grattage réduisait aussi la quantité de staphylocoques dorés, une bactérie communément retrouvée sur la peau. Autrement dit, en activant les mastocytes, se gratter donne aussi un petit coup de pouce à nos défenses contre certains microbes, ce qui pourrait limiter le risque d'infection. Voilà sans doute pourquoi, au fil de l'évolution, se gratter s'est trouvé associé à une sensation aussi satisfaisante.

Reste qu'il faut garder la tête froide. D'abord, c'est une étude chez l'animal et la peau d'une souris n'est pas tout à fait comme la nôtre ; ensuite, pas certain que le bénéfice antibactérien fait le poids devant les effets du grattage à répétition, qui entretient l'inflammation, abîme la peau et peut même ouvrir la porte… aux infections. Le plus efficace reste de ne pas entrer dans le cercle vicieux : si on tient courageusement bon au début, l'envie de se gratter retombe souvent d'elle-même. Une compresse froide trompe agréablement la peau en remplaçant la démangeaison par une sensation de fraîcheur. Perso, j'ai essayé les pads thérapeutiques placés au congélateur pour calmer le tout, et ça semblait fonctionner.

Au fait, si une piqûre gonfle beaucoup, surtout après quelques jours, chauffe ou s'accompagne de fièvre, on consulte plutôt que de bricoler, parce qu'il y a peut-être une infection ajoutée. Enfin, comme toujours, la meilleure piqûre demeure celle qu'on évite, grâce aux moustiquaires, au chasse-moustiques et aux vêtements amples.

Le verdict : au bout du compte, mieux vaut ne pas se gratter, ce qui ressemble parfois à un supplice. Alors courage !

*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Liu AW, Zhang YR et coll. « Scratching promotes allergic inflammation and host defense via neurogenic mast cell activation ». Science, 31 janvier 2025 (texte intégral gratuit). pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  • National Institutes of Health (NIH), Research Matters, « Scratching and allergic skin inflammation » (2025). nih.gov

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