Ces aliments qui nous ultra-transforment
Une équipe dirigée par Virginie Hamel et Jean-Claude Moubarac, de l'Université de Montréal, a calculé le risque cardiovasculaire (maladies coronariennes, AVC et décès cardiovasculaires) associé aux aliments ultra-transformés. L'étude a été publiée hier dans l'American Journal of Preventive Medicine tout en étant présentée au Congrès international sur l'obésité à Mexico.
De quoi parle-t-on ? Les aliments ultra-transformés ne sont pas simplement des aliments cuits, surgelés ou mis en conserve, mais plus généralement des produits industriels composés de substances extraites ou modifiées à partir d'aliments, auxquelles s'ajoutent souvent arômes, colorants, émulsifiants ou autres additifs. Donc, les boissons sucrées, croustilles, céréales sucrées, charcuteries reconstituées, croquettes, collations emballées et beaucoup de plats préparés. En 2015, ils fournissaient presque la moitié des calories consommées par les adultes canadiens de 20 ans et plus.
Que trouve l'étude ? Plus du tiers des nouveaux cas de maladie coronarienne ou d'AVC et des décès cardiovasculaires en 2019 étaient associés au Canada à la consommation de ces aliments ultra-transformés. Soit environ 96 000 nouveaux cas et 17 400 décès. C'est beaucoup !
Les chercheurs ont simulé l'effet de réductions réalistes de la consommation. Si, par exemple, la part des calories provenant de ces produits diminuait de moitié, environ 45 900 nouveaux cas de maladie cardiovasculaire et 8 300 décès auraient pu être évités ou retardés en 2019. Ce sont des projections, bien sûr, pas des vies directement comptées.
Ce calcul suppose notamment que ces associations sont en bonne partie causales (l'aliment transformé cause le problème). Sauf que des facteurs liés, comme le revenu, le tabagisme, l'activité physique et la qualité générale de l'alimentation peuvent expliquer une partie du lien constaté. Même si ces données ne prouvent pas que l'ultra-transformation, à elle seule, cause toutes ces maladies cardiovasculaires, une bonne partie du risque pourrait simplement venir du profil nutritionnel fréquent de ces régimes : plus de sucres libres, de sodium et de gras saturés, et moins de fibres, de vitamines et de minéraux. D'autres mécanismes sont aussi étudiés, comme la structure des aliments, l'effet plus faible sur la satiété ou certains effets d'additifs sur le microbiote, même si ces pistes demeurent beaucoup moins solides.
Autre nuance importante : ce groupe d'aliments est très large : un pain industriel de grains entiers et une boisson gazeuse peuvent tous deux y être classés sans avoir du tout le même profil nutritionnel ni probablement entrainer le même risque. C'est donc un peu abusif de traiter tous les aliments ultra-transformés comme s'ils étaient équivalents, le pain entier pourrait protester.
Le message utile est surtout d'essayer de réduire la place des boissons sucrées, des collations très salées ou sucrées, des viandes transformées et des plats préparés pauvres en fibres, tout en facilitant l'accès aux aliments peu ou pas transformés (ce qui implique de prendre des mesures pour limiter la hausse des coûts de ces aliments). L'étiquetage clair, l'encadrement de la publicité, les repas scolaires de qualité et un accès réel à des aliments frais abordables font partie des solutions. Mais j'ai l'impression que la plus importante bataille se joue toutefois dans nos cuisines : préparer soi-même ses repas, un art que je découvre de plus en plus avec les années. Il faut dire que je suis bien coaché.
Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.
Références
- Étude principale : Hamel V, Nilson E, Wahrhaftig J, et coll. « Estimating the preventable burden of cardiovascular disease attributable to ultra-processed dietary patterns in Canada: A modeling study. » American Journal of Preventive Medicine, juillet 2026. DOI : 10.1016/j.amepre.2026.108363. ajpmonline.org →
- Présentation au congrès : International Congress on Obesity 2026, programme des communications orales. icocongress.com →
- Essai contrôlé de référence : Hall KD et coll. « Ultra-Processed Diets Cause Excess Calorie Intake and Weight Gain. » Cell Metabolism, 2019. cell.com →
- Synthèse : Lane MM et coll. « Ultra-processed food exposure and adverse health outcomes: umbrella review. » BMJ, 2024. bmj.com →
- Lecture critique : Science Media Centre, réactions d'experts, 15 juillet 2026. sciencemediacentre.org →