Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 15 juillet 2026

Ces particules pas ultrafines avec notre santé

Une étude menée par des chercheurs des Universités McGill et Toronto, publiée récemment dans Environmental Science & Technology, avance un chiffre qui devrait nous donner à réfléchir : réduire les émissions du transport routier, notamment par l'électrification des véhicules, éviterait jusqu'à 3 654 décès prématurés à Montréal et Toronto sur une période de 20 ans. Le polluant visé ici : les particules « ultrafines » (PM0,1, à différencier des particules « fines » plus connues, PM2,5) liées aux véhicules à moteur thermique.

Santé Canada juge déjà que la pollution atmosphérique ambiante attribuable aux particules fines (PM2,5), au dioxyde d'azote (NO2) et à l'ozone au sol contribue à environ 15 300 décès prématurés par année au pays, dont environ 4 000 au Québec, des estimations qui ne portent pas spécifiquement sur les particules ultrafines. Ce sont autant de cœurs qui lâchent un peu plus tôt, de poumons plus fragiles et d'AVC plus fréquents dans la population.

Plus spécifiquement, les particules ultrafines, qui mesurent moins de 100 nanomètres (plusieurs centaines de fois moins que le diamètre d'un cheveu humain pour qui en a), pénètrent encore plus profondément dans les poumons et une fraction franchit la barrière entre les alvéoles et les capillaires pour atteindre la circulation sanguine, et de là voyager vers tous nos organes.

Comment ces PM0,1 abîment-elles ensuite le corps ? Les mécanismes proposés comprennent surtout le stress oxydatif, l'inflammation, la perturbation de l'endothélium (la couche mince interne de nos vaisseaux) et certains effets sur la coagulation. Le terrain (nous) devient ainsi plus favorable à l'athérosclérose, à l'infarctus, à l'insuffisance cardiaque et à l'hypertension, comme une vaste étude néerlandaise comptant 33 831 personnes l'a d'ailleurs montré.

Ce qui frappe, c'est que les particules ultrafines ne se répartissent pas également sur tout le monde, elles se concentrent près des grands axes routiers, souvent dans des quartiers plus défavorisés ou comptant davantage de ménages à faible revenu. Et contrairement aux PM2,5, les particules ultrafines ne font toujours pas l'objet d'une réglementation canadienne spécifique fondée sur le nombre de particules dans l'air ambiant. Pourtant, on ne contrôle que ce qu'on décide de surveiller.

Juste un mot de prudence scientifique, les quelque 3 600 décès potentiellement évitables constituent des projections issues d'un modèle plutôt ambitieux, combinant un parc automobile à moitié électrique d'ici 2030 et presque à 100 % en 2040, le retrait accéléré de vieux véhicules lourds diesel et une réduction du volume de circulation. Il faut aussi mentionner que l'électrification réduit surtout les émissions d'échappement, mais ne fait pas disparaître toute la pollution liée au trafic, notamment l'usure des pneus, des freins et de la chaussée. Bref, respirer un air plus propre est, très concrètement, une mesure de santé cardiovasculaire et respiratoire collective, et c'est notamment lié au type de véhicules que nous conduisons.

Les références pour qui souhaite en lire davantage sont dans le premier commentaire.

Références

  • Université McGill, salle de presse (8 juillet 2026) — « Reducing vehicle emissions could prevent thousands of deaths in Canada » (Lloyd et Weichenthal). mcgill.ca
  • Étude primaire — M. Lloyd, S. Weichenthal et coll., Environmental Science & Technology, en ligne le 20 juin 2026. DOI : 10.1021/acs.est.6c00907. pubs.acs.org
  • Santé Canada — « Health Impacts of Air Pollution in Canada, 2021 ». canada.ca
  • Revue de synthèse — « The health effects of ultrafine particles », Experimental & Molecular Medicine (Nature), 2020. nature.com
  • Méta-analyse — « Short-Term and Long-Term Effects of Inhaled Ultrafine Particles on Blood Markers of Cardiovascular Diseases », J. Clin. Med., 2025. mdpi.com

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