Des cellules-médicaments montent la garde pendant 10 ans
Chez une patiente traitée pour un lymphome (cancer du sang), les descendantes de « cellules-médicaments » injectées en une seule fois étaient encore au front 10 ans plus tard. Et plus des 2/3 de cette petite garnison provenaient d'une seule cellule, bien longtemps après avoir fait partie d'un traitement appelé « CAR-T ».
Voilà quelques-unes des étonnantes trouvailles d'une étude publiée le 10 août 2026 par une équipe de l'Université de Pennsylvanie dans Nature Medicine. Parmi huit patients en rémission depuis plus de cinq ans et disposant d'un échantillon tardif, des lymphocytes portant le gène CAR-T étaient encore actifs chez cinq patients entre 7 à 10 ans après la perfusion.
Les personnes de cette cohorte souffraient d'un lymphome non hodgkinien avancé de type B (cancer des lymphocytes B, cellules blanches qui participent à la fabrication des anticorps) et elles avaient reçu le traitement CAR-T après l'échec de la chimiothérapie (le T vient de « thymus » pour désigner l'endroit où ces lymphocytes maturent normalement).
Le principe de CAR-T est fascinant : après avoir prélevé des globules blancs, une machine retourne le reste du sang dans les veines dans un processus appelé « aphérèse ». Au laboratoire, un virus rendu inoffensif insère dans l'ADN de ces lymphocytes T un gène (que leurs descendantes conserveront). Ce gène les pousse à fabriquer un récepteur reconnaissant une protéine appelée CD19, retrouvée à la surface des lymphocytes B, les malades comme les autres. Les cellules T sont ensuite multipliées, jusqu'à en obtenir de 100 à 500 millions… rien que ça !
Après une chimiothérapie destinée à faire de la place, ces lymphocytes réarmés sont réinjectés aux patients. Ils se multiplient alors et attaquent massivement les lymphocytes B, donc évidemment les cellules cancéreuses. Dans cette cohorte de 38 personnes, 46 % des patients atteints d'un lymphome agressif sont entrés en rémission complète, et 71 % de ceux ayant un lymphome moins agressif.
Comme les lymphocytes B normaux portent la même protéine CD19 que les cancéreux, le prix biologique du traitement est souvent élevé, les CAR-T injectés éliminant aussi les cellules saines. Ainsi, la patiente citée ne fabriquait presque plus d'anticorps, l'exposant à des infections répétées, et l'obligeant à recevoir régulièrement des immunoglobulines (aussi des anticorps) pour assurer sa défense. C'était pour elle le prix à payer.
Notons que plus de la moitié de ces patients ont aussi présenté un syndrome de « relargage des cytokines », sorte « d'orage inflammatoire » parfois grave. Cet orage survient lorsque les cellules CAR-T reconnaissent leurs cibles et s'activent massivement, libérant alors des messagers inflammatoires qui attirent d'autres cellules immunitaires dans une réaction en chaîne. La syndrome se manifeste par de la fièvre, des frissons, de la fatigue et un pouls rapide, et dans les formes plus graves par un état de choc, avec chute de pression, baisse de l'oxygénation et défaillance des organes.
Bien qu'il s'agisse d'une petite cohorte de patients, que ces lointains descendants d'un clone montent la garde dix ans plus tard m'impressionne. En croyant livrer une bataille, les médecins avaient installé la garnison.
On ignore toutefois encore si cette persistance contribue à la guérison, des rémissions durables survenant aussi sans elle. Et avec seulement huit suivis tardifs, les auteurs qualifient eux-mêmes ces observations d'exploratoires. Alors continuons à explorer!
*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.
Références
- Thérapie CAR T-cell, CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal (Hôpital Maisonneuve-Rosemont), page consultée le 16 août 2026.
- Tisagenlecleucel pour le traitement du lymphome diffus à grandes cellules B, avis de l'INESSS, janvier 2019.
- Paruzzo L et coll. Decade-long persistence of CD19 CAR T cells in B cell lymphomas. Nature Medicine, en ligne le 10 août 2026. doi.org →
- Melenhorst JJ et coll. Decade-long leukaemia remissions with persistence of CD4+ CAR T cells. Nature, 2022;602:503-509. doi.org →
- Pharmacoeconomic Review — Tisagenlecleucel (Kymriah), Agence des médicaments du Canada. ncbi.nlm.nih.gov →