Ebola : la plus grande épidémie de l’histoire du Congo, cette fois sans vaccin
On avait fini par croire Ebola en partie apprivoisé. Depuis quelques années, il existe en effet un vaccin efficace et des anticorps qui sauvent des vies. Mais l’épidémie qui ravage l’est de la République démocratique du Congo depuis la mi-mai échappe à ces outils, et elle est devenue la plus importante jamais enregistrée dans ce pays.
L’épidémie est causée cette fois non pas par le virus Ebola « classique » (l’espèce Zaïre), mais une autre espèce de la même famille, le virus Bundibugyo, repéré pour la première fois en Ouganda en 2007. Ce n’est pas un « variant » au sens de la COVID, mais un virus cousin, dont le bagage génétique diffère un peu. Historiquement, il entraîne moins de décès (25 à 40 % des malades) que l’espèce Zaïre, qui emporte jusqu’à 90 % des personnes atteintes. La version 2026 n’a pourtant rien de bénin.
Au 30 juillet, l’OMS recensait 3605 cas confirmés et 1587 morts (44 personnes atteintes sur 100). C’est déjà plus de cas que lors de l’épidémie de 2018-2020, avec près de 2300 décès. Même si on reste encore loin de la pire épidémie d’Ebola de l’histoire, celle d’Afrique de l’Ouest en 2013-2016 (environ 28 600 cas et 11 300 morts), l’OMS, a classé la flambée urgence de santé publique de portée internationale et prévient que le nombre réel de personnes touchées est peut-être jusqu’à quatre fois plus élevé que les chiffres officiels.
Le virus se transmet les autres virus Ebola : au départ par contact avec un animal infecté (les chauves-souris sont le réservoir suspecté), puis d’humain à humain par contact direct avec le sang et les liquides corporels, y compris ceux des personnes décédées, avec une incubation qui s’étend de 2 à 21 jours. Les soins et les funérailles restent des amplificateurs, ce qui explique les 151 soignants infectés, dont 44 sont décédés.
La maladie débute de façon banale : fièvre, fatigue, douleurs musculaires, mal de gorge, un tableau, aisément confondu avec le paludisme, très présent dans ces régions. Viennent ensuite les vomissements, la diarrhée, puis dans les formes graves la défaillance des organes et parfois des hémorragies. Un test PCR, qui repère le matériel génétique du virus, permet le diagnostic précis.
Sauf que le vaccin (Ervebo) et les anticorps qui ont transformé le pronostic de l’Ebola ces dernières années ont été conçus contre l’espèce Zaïre, par contre le Bundibugyo, pour lequel il n’existe à ce jour aucun vaccin ni traitement spécifique. Des pistes existent tout de même, notamment un anticorps prélevé chez un survivant qui neutralise les deux espèces, et trois candidats-vaccins dont le développement est accéléré.
On en est réduit aux soins de soutien (oxygène, hydratation et minéraux) et à la prévention : isoler vite, retracer les contacts, enterrer sans risque, ce qui heurte parfois les pratiques culturelles locales. Tout ce travail devient ardu dans une région minée par les conflits armés, les déplacements de population et la désinformation. L’OMS juge par ailleurs le risque faible pour le reste du monde et déconseille les restrictions de voyage et de commerce. Les cas exportés se comptent sur les doigts d’une main : deux en Allemagne, un en France, une vingtaine en Ouganda, où l’épidémie a d’ailleurs été déclarée terminée le 28 juillet. Le Canada a tout de même instauré des mesures frontalières temporaires pour les voyageurs venant des zones touchées, par une prudence peut-être excessive, mais ce n’est évidemment pas à moi de trancher.
*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l’information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.
Références
- Résumé Consensus sur le virus Ebola. dropbox.com →
- OMS. Ebola disease caused by Bundibugyo virus, Democratic Republic of the Congo. Disease Outbreak News, 1er août 2026. who.int →
- OMS. Epidemic of Ebola disease caused by Bundibugyo virus in the Democratic Republic of the Congo and Uganda determined a public health emergency of international concern, 17 mai 2026. who.int →
- OMS, Bureau régional de l’Afrique. Ongoing Ebola (Bundibugyo) outbreak in the Democratic Republic of the Congo (page de suivi et rapports de situation). afro.who.int →
- Parums DV. Editorial: The WHO Identifies Ebola Disease Due to Bundibugyo Virus as a Public Health Emergency of International Concern as Vaccine Development Accelerates. Medical Science Monitor, 2026. doi.org →
- Agence de la santé publique du Canada. Ebola disease: Border measures for travellers entering Canada (mesures frontalières temporaires et évaluation du risque). canada.ca →
- OMS. Ebola outbreak 2014–2016—West Africa (bilan de la plus grande épidémie de l’histoire : ~28 600 cas, ~11 300 décès). who.int →