Êtes-vous balance ascendant ruban ?
Si vous avez un ruban à mesurer quelque part dans le fond d'un tiroir, allez le chercher. Parce que deux mesures simples, le tour de taille et le tour des hanches, et un calcul, le rapport taille/hanches, vous en apprendront peut-être plus sur votre risque cardiovasculaire que votre cher pèse-personne.
Une vaste étude publiée le 11 août dans le Journal of the American College of Cardiology le démontre chez 260 959 adultes provenant de 15 cohortes américaines et brésiliennes, avec 20 ans de suivi en moyenne et 9 maladies examinées une par une, dont l'infarctus, l'AVC, l'insuffisance cardiaque et la fibrillation auriculaire.
Voici d'abord la mauvaise nouvelle : même parmi les personnes dont l'indice de masse corporelle (IMC) est normal, près d'une sur cinq présente une répartition de graisse associée à un risque plus élevé. Mais la bonne, tenez-vous bien, dit que près de la moitié des personnes classées obèses ont un rapport taille/hanches bas. Autrement dit, l'IMC se trompe… dans les deux sens !
Flash-back: l'IMC a été inventé par… l'astronome (et non astrologue) et statisticien belge Adolphe Quetelet, qui cherchait à décrire « l'homme moyen » dans une population… en 1832. La formule, où le poids est divisé par la taille au carré, a ensuite été rebaptisée « indice de masse corporelle » (IMC) en 1972.
Un problème évident pour l'IMC est qu'il ne distingue ni le muscle du gras ni le gras du ventre de celui des hanches et des cuisses. Un joueur de football et un homme sédentaire de même taille et poids obtiennent donc le même chiffre. C'est ici que le tour de taille ajoute une information substantielle.
Ce tour de taille se mesure debout, à peu près à la hauteur du nombril, sans serrer le ruban et après une expiration normale. Dans l'étude, le seuil élevé se situait à partir de 88 cm chez la femme et de 102 cm chez l'homme. Au Canada, 49 % des adultes présentaient une obésité abdominale en 2022-2024, alors que l'IMC n'en classait que 33 % comme obèses.
Et pour calculer le rapport taille/hanches, on divise simplement le tour de taille par le tour des hanches. Pour ce dernier, passez le ruban autour des fesses, bien à l'horizontale, en retenant la mesure la plus grande par un déplacement vers le haut ou le bas. Exemple : une taille à 90 cm et un tour de hanche à 100 cm donnent un « ratio » de 0,90, et les seuils élevés sont à 0,85 chez la femme et à 0,90 chez l'homme.
Chez les personnes de poids normal, environ 1 sur 5 avaient dans l'étude un rapport taille/hanches élevé. Chez celles en surpoids, c'était environ 40%. Et dans ces deux groupes, un tour de taille ou un rapport élevé était associé à un risque plus élevé pour les diverses maladies mentionnées.
Voici la raison : l'endroit où le gras s'accumule compte parce que toute la graisse ne fait pas le même travail. Celle des hanches et des cuisses agit davantage comme un entrepôt des surplus. La graisse profonde du ventre est la plus active, relâchant des acides gras et des messagers inflammatoires dans la circulation, favorisant notamment la résistance à l'insuline, l'hypertension et déréglant les lipides (gras) sanguins.
Attention à ce bémol important : la différence absolue de risque reste toutefois modérée. Ainsi, chez les personnes de poids normal, ces maladies survenaient chez environ 5 personnes / 1 000 chaque année si le rapport était bas, et chez près de 7 / 1000 lorsqu'il était élevé. Une différence de 2. Pour la mortalité, on passait d'environ 14 à 17 décès par 1 000 personnes par année. Donc 3 de plus. Le massage – pardon, le message : ce n'est pas un arrêt de mort et on peut encore faire plein de choses pour contrer ce risque.
Enfin, comme souvent, l'étude ne montre toutefois qu'une association, pas nécessairement une cause. Un résultat élevé n'est pas non plus un diagnostic, mais surtout une raison de vérifier sa pression, sa glycémie et son cholestérol. Bref, il s'agit d'un facteur de risque qui devrait pousser à agir sur plusieurs plans.
Le renversement suivant est tout aussi pertinent : chez les personnes obèses dont le tour de taille était bas, le risque ne différait pas significativement de celui des personnes de poids normal dont le tour de taille était également bas. Cela ne signifie pas que l'obésité protège, mais que certaines avaient peut-être simplement plus de muscle ou une meilleure condition physique, deux éléments que l'étude n'a toutefois pas mesurés.
Alors, même si depuis toujours on vous demande : « Combien vous pesez ? », il faudra peut-être maintenant ajouter : « Et vous pesez ça… où ? ». Puis sortir le ruban à mesurer. Vous en avez sûrement un quelque part.
*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.
Références
- Dardari ZA et coll. Journal of the American College of Cardiology, 11 août 2026. doi.org →
- Statistique Canada, obésité et tour de taille mesurés chez les adultes canadiens, données de 2022-2024, diffusées le 2 octobre 2025. www150.statcan.gc.ca →
- Institut national de santé publique du Québec. Prévalence de l'obésité abdominale et évolution du tour de taille mesuré chez les adultes québécois, 2019. inspq.qc.ca →
- Després JP et coll. Waist circumference as a vital sign in clinical practice, Nature Reviews Endocrinology, 2020. nature.com →
- Commission du Lancet sur la définition de l'obésité clinique, janvier 2025. thelancet.com →