La diète, le poids... et la manière de vivre
Il arrive souvent que quelqu’un raconte avoir « bien mangé » pendant deux ans, puis ajoute, déçu, n’avoir perdu « que » trois ou quatre kilos. Comme si « bien manger » était équivalent à « perdre du poids » et que tout le reste ne comptait pas. Et si le pèse-personne n’était pas un bon juge pour la qualité d’une assiette ?
Une étude publiée le 20 août dans JAMA Network Open vient justement de comparer 2 approches pendant 2 ans chez 360 personnes suivies en première ligne. D’un côté, une alimentation de type méditerranéen, axée d’abord sur la qualité des aliments ; de l’autre, un programme commercial consacré surtout aux calories et à la perte de poids. Résultat : 3,40 % du poids perdu d’un côté, 3,51 % de l’autre. Une différence de 0,11 point de pourcentage, donc rien. Pour un poids médian de départ de 103 kg, cela représente environ 3,5 kg dans les deux groupes.
Durant les quatre premiers mois, le groupe méditerranéen travaillait uniquement sur la qualité de l’assiette, sans objectif de poids, pendant que l’autre groupe cherchait déjà à maigrir. Le programme commercial a logiquement pris les devants, puis les courbes se sont rejointes. Deux ans plus tard, les participants du groupe méditerranéen rapportaient manger beaucoup mieux selon trois échelles différentes, et ils avaient autant maigri. Et 95 % recommandaient leur programme, contre 68 % dans l’autre groupe.
Le modèle moderne de la diète méditerranéenne vient notamment des travaux du physiologiste américain Ancel Keys qui, après la guerre, avait remarqué que les habitants de la Crète mouraient assez peu du cœur. Ce modèle repose donc surtout sur l’huile d’olive, les noix, le poisson, les légumineuses, les grains entiers, les fruits et les légumes, avec moins de produits raffinés et ultratransformés.
Sauf que sa promesse principale n’a jamais été de faire fondre les gens, mais bien d’améliorer leur santé. Je rappelle que le mot grec « díaita » désignait justement une « manière de vivre », pas une période de privation.
Dans la grande étude espagnole PREDIMED, 7 447 personnes à risque ont subi environ 30 % moins d’événements cardiovasculaires majeurs avec une alimentation méditerranéenne. Des problèmes de répartition au hasard ont obligé les chercheurs à republier l’article en 2018, mais le résultat a tenu après correction. Puis, dans l’étude CORDIOPREV, 1 002 personnes déjà atteintes d’une maladie coronarienne ont été suivies pendant 7 ans. L’alimentation méditerranéenne a réduit d’environ 27 % les nouveaux événements cardiovasculaires comparativement à une alimentation faible en gras.
À plus grande échelle, une synthèse de 28 études chez les 60 ans et plus associe une forte adhésion à ce modèle à 23 % moins de mortalité totale et 27 % moins de mortalité cardiovasculaire. Attention toutefois : 26 des 28 études étaient observationnelles. Pour le cancer et le déclin cognitif, l’association est répétée et encourageante, mais la démonstration par des essais reste beaucoup moins solide.
Revenons donc à cette étude comparant deux « manières de vivre », dont voici tout de même quelques limites : les deux groupes recevaient gratuitement une véritable intervention, mais sans comparaison avec les soins usuels, ce qui aurait été pertinent ; la qualité de l’alimentation était par ailleurs surtout autodéclarée ; et seuls 69 % des participants sont revenus pour la visite finale, bien que le poids ait pu être retrouvé au dossier chez 94 % d’entre eux. Et l’étude, relativement brève, n’a pas visé à mesurer l’impact sur la santé (infarctus, cancers, décès) des deux approches.
L’étude ne dit surtout pas que la diète méditerranéenne est inutile. Elle dit d’abord qu’elle fait maigrir tout autant qu’un programme structuré qui vise la perte de poids, ce qui est d’autant plus méritoire cela n’a jamais été sa promesse. Et elle dit surtout que l’assiette s’est franchement améliorée.
On fait sans doute fausse route en transformant chaque « díaita » (manière de vivre) en méthode pour maigrir. La diète méditerranéenne avait été décrite, au départ, pour expliquer pourquoi certaines personnes étaient en meilleure santé, alors que la balance compte simplement les kilos, pas les infarctus évités ni les années vécues. Et si je ne vous l’ai pas dit assez souvent : elle a fait ses preuves.
*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l’information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.
Références
- Keyserling TC, Wu Q, Ammerman AS et coll. « Weight Loss Intervention Promoting an Adapted Mediterranean-Style Dietary Pattern: The DELISH Randomized Clinical Trial ». JAMA Network Open, 20 août 2026. jamanetwork.com →
- Observatoire de la prévention de l’Institut de Cardiologie de Montréal, Martin Juneau. « Après une crise cardiaque, l’alimentation méditerranéenne réduit significativement le risque de récidive ». observatoireprevention.org →
- Institut national de santé publique du Québec. « Consommation et habitudes alimentaires des ménages québécois ». inspq.qc.ca →
- Furbatto M et coll. « Mediterranean Diet in Older Adults: Cardiovascular Outcomes and Mortality from Observational and Interventional Studies ». Nutrients, 2024. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov →
- Estruch R et coll. « Primary Prevention of Cardiovascular Disease with a Mediterranean Diet Supplemented with Extra-Virgin Olive Oil or Nuts ». New England Journal of Medicine, version corrigée de 2018. nejm.org →
- Delgado-Lista J et coll. « Long-term Secondary Prevention of Cardiovascular Disease with a Mediterranean Diet and a Low-Fat Diet ». The Lancet, 2022. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov →
- Harvard T.H. Chan School of Public Health. « PREDIMED Study Retraction and Republication ». nutritionsource.hsph.harvard.edu →
- Oldways. « How the Mediterranean Pyramid Came to Life ». oldwayspt.org →