Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
← Tous les mots
Billet · 26 août 2026

Le lourd après-match du football américain

Sur 338 cerveaux d’anciens joueurs de la NFL examinés après leur décès, 315 portaient les lésions de l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), soit 93% ! C’est du lourd. Mais comme ces cerveaux avaient été donnés par des familles qui, souvent, se doutaient déjà que quelque chose clochait, ce chiffre ne décrit pas la situation pour l’ensemble des joueurs de la ligue.

Une étude publiée le 25 août 2026 dans le BMJ tente de mieux cerner la fréquence de la maladie. Les chercheurs ont retrouvé tous les anciens joueurs de la NFL décédés entre 2008 et 2021, soit 1 712 hommes. C’est cela, la nouveauté : pour une fois, on connaît le dénominateur complet, même si seulement 338 cerveaux ont pu être examinés.

L’ETC est une maladie neurodégénérative reconnue associée aux coups répétés à la tête, avec ou sans histoire de commotion. Dès 1928, un médecin légiste avait décrit 23 boxeurs qui titubaient, tremblaient et perdaient progressivement leurs capacités. On parlait alors de « punch-drunk » syndrome. En 2005, la maladie a aussi été décrite pour la première fois chez un joueur de la NFL.

Sa signature est très particulière : une protéine appelée tau s’accumule autour des petits vaisseaux sanguins, au fond des sillons du cerveau. La protéine tau sert normalement d’armature interne aux neurones. Lorsqu’elle se dérègle, elle se détache, s’agglutine et finit par nuire aux cellules. Les dépôts apparaissent au fond des sillons parce que les plis du cerveau y concentrent les forces mécaniques lorsque la tête est brusquement secouée.

Revenons aux 1 712 anciens joueurs décédés. Comme on ne connaît le résultat que pour 338 d’entre eux, les chercheurs ont refusé d’inventer un chiffre et ont plutôt calculé les deux extrêmes possibles. Pour la période la mieux documentée, de 2016 à 2021, 215 cas ont été confirmés parmi 878 décès. Notons aussi que parmi ces donneurs, 60 % avaient reçu un diagnostic de démence. Cela montre une association, mais ne démontre pas à lui seul que l’ETC cause la démence.

Le taux minimum d’ETC est donc de près de 25 %, presque un ancien joueur décédé sur quatre. Ce plancher est obtenu en supposant qu’aucun joueur non autopsié n’était atteint, ce qui est certainement faux, alors que 93 % surestiment sûrement la fréquence et que la vérité est entre les deux. Par comparaison, chez trois cohortes de la population générale, la même maladie a été trouvée dans moins de 1% des cerveaux examinés.

Cela dit, ces joueurs professionnels ayant encaissé des coups à la tête pendant sept ans en moyenne au niveau professionnel, après des années de football scolaire et universitaire, rien dans cette étude ne se transpose donc à un enfant qui joue au hockey le samedi matin.

Au Québec, l’INSPQ rapporte tout de même plus de 8 000 consultations pour commotion chez les moins de 25 ans. Une étude menée au hockey, chez les 11 et 12 ans, avait trouvé presque 4 fois plus de commotions en Alberta, où la mise en échec était permise, qu’au Québec, où elle ne l’était plus.

Football ou hockey, on peut réduire le nombre de coups qu’un cerveau reçoit. La mesure immédiate reste encore plus simple : au moindre doute après un impact à la tête ou au corps, on retire le jeune du jeu. Le retour se fait ensuite progressivement.

Presque cent ans plus tard après la découverte de l'ETC, maintenant qu'on en connait la cause et le mécanisme, nous savons maintenant qu’au moins un ancien joueur professionnel décédé sur quatre en est porteur. Espérons qu’il ne faudra pas un siècle de plus pour en tirer les conséquences requises.

*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l’information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Lemay S-A et Burigusa G, « Stratégies préventives visant la réduction des commotions cérébrales en contexte récréatif et sportif chez les jeunes », Institut national de santé publique du Québec, juin 2025. inspq.qc.ca
  • Société canadienne de pédiatrie — l'énoncé en français qui rapporte la comparaison Québec-Alberta
  • « La mise en échec chez les jeunes hockeyeurs », Comité d'une vie active saine et de la médecine sportive, Paediatrics and Child Health, novembre 2012 ;17(9) :510. academic.oup.com
  • Gouvernement du Québec — la règle d'ici, et les outils pour l'appliquer
  • « Outils de gestion des commotions cérébrales », protocole en vigueur depuis 2017 pour les milieux scolaires, sportifs et récréatifs. quebec.ca
  • BMJ — l'étude du jour, présentée par son éditeur
  • Daneshvar DH et coll., BMJ 2026 ;394 :e100418, DOI 10.1136/bmj-2026-100418, publiée le 25 août 2026. bmjgroup.com
  • Brain (Oxford) — l'histoire, de 1928 à aujourd'hui
  • « Dr Harrison Martland and the history of punch drunk syndrome », Brain 2018 ;141(1) :318, qui raconte l'article original du JAMA de 1928, les 23 boxeurs, puis Millspaugh en 1937 et Corsellis en 1973. academic.oup.com