Les tiques transmettent aussi l'anaplasmose
La Presse racontait ce matin, sous la plume de Léa Carrier, la triste histoire d’un homme de 80 ans de l'Estrie, hospitalisé deux semaines après une simple piqûre de tique et qui, un an plus tard, marche avec une canne et lutte contre une fatigue qui ne le lâche plus. Je ne commenterai pas son cas, mais il ouvre une fenêtre sur une maladie méconnue : l'anaplasmose.
Quand on parle de tiques, on pense à la maladie de Lyme. Pourtant, la même tique à pattes noires peut transmettre plusieurs autres infections : l'anaplasmose, mais aussi la babésiose et le virus Powassan. La Lyme est causée par une bactérie (Borrelia) et s'accompagne souvent de la fameuse rougeur en forme de cible autour de la piqûre. L'anaplasmose, elle, vient d'une autre bactérie, Anaplasma. Détail important : dans la majorité des cas, elle ne provoque aucune rougeur.
L’infection a plutôt tout d'une grippe : fièvre, frissons, maux de tête, douleurs musculaires, grande fatigue, parfois des nausées, des symptômes arrivent de 5 à 21 jours après la piqûre (en fait une morsure). Sans rougeur pour mettre la puce à l'oreille, le diagnostic se fait souvent attendre.
Le problème est que le territoire de la maladie s’étend. Avec le réchauffement climatique, les tiques remontent vers le nord (environ 46 km par année, selon une étude ontarienne) alors que nos hivers plus doux allongent leur saison. Au Québec, 25 cas ont déjà été déclarés cette année, dont près des deux tiers en Estrie, une région qui a recensé 155 infections depuis 2021, avec plus du tiers des cas reconnus (les plus sévères) menant à une hospitalisation, selon les données mentionnées par la journaliste. Alors, si une fièvre ou des symptômes grippaux apparaissent dans les jours ou les semaines suivant une piqûre, ou même une simple balade en nature, on consulte ou on appelle Info-Santé 811.
Du point de vue diagnostic, des indices dans une prise de sang allument parfois la lumière : une chute des plaquettes, une baisse des globules blancs, des enzymes du foie un peu élevées. On confirme ensuite par un test génétique (la PCR) ou une sérologie, mais ces analyses sont peu accessibles au pays et les résultats tardent souvent. D'où un principe important : devant une suspicion, on traite sans attendre la confirmation.
La bonne nouvelle, c’est que le traitement est alors simple et efficace, c’est un vieil antibiotique, la doxycycline, donnée à raison de 100 mg deux fois par jour pendant une dizaine de jours. Commencé tôt, il fait habituellement tomber la fièvre en un ou deux jours. Pour la plupart des gens, il ne faut alors pas s’inquiéter, parce que l'infection est habituellement bénigne et guérit vite, alors que le taux de décès est inférieur à 1 %. Mais chez les personnes plus âgées, celles qui sont immunodéprimées ou encore déjà fragilisées par d'autres maladies chroniques, l'anaplasmose peut mal tourner médicalement : choc, détresse respiratoire, atteinte des reins ou du cœur sont du lot, surtout quand le diagnostic tarde. Le vrai danger, c'est donc surtout de passer à côté.
Comme pour la maladie de Lyme, la prévention tient à des gestes simples: insectifuge et vêtements couvrants en forêt ou dans les hautes herbes, examen de la peau et de celle des enfants au retour d'une sortie, retrait rapide de la tique avec une pince fine le cas échéant, en la saisissant tout près de la peau sans la tordre ni l'écraser (le lien qui explique comment faire est dans les références). Enfin, concernant la prescription préventive d’antibiotiques, si elle est reconnue efficace pour empêcher l’apparition de la maladie de Lyme, il n’existe cependant pas de démonstration humaine de son efficacité pour contrer l’anaplasmose. Ainsi, dans les 72 heures après une morsure de tique restée accrochée au moins une journée, une dose unique de doxycycline est recommandée pour prévenir la Lyme dans les régions à risque, sans qu’on sache si elle préviendra aussi l’anaplasmose.
*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.
Références
- SANTÉ Anaplasmose - Une vie changée après avoir été infecté par une tique. Léa Carrier, La Presse, 1er août 2026 (lien ne peut être inséré sur FB).
- Ngo C, Koubaesh C, MacFadden D, Joo P. « Anaplasmose : menace émergente au Canada ». Le Médecin de famille canadien, octobre 2025. pmc.ncbi.nlm.nih.gov →
- Campeau L et coll. « Découverte d'une anaplasmose granulocytaire humaine en Estrie, au Québec, 2021 ». Relevé des maladies transmissibles au Canada (RMTC), mai 2022. canada.ca →
- Centers for Disease Control and Prevention (CDC). « Anaplasmosis ». 2024. cdc.gov →
- Schudel S et coll. « Human granulocytotropic anaplasmosis: a systematic review ». PLOS Neglected Tropical Diseases, août 2024. doi.org →
- INESSS. « Maladie de Lyme, prophylaxie post-exposition (PPE) ». Protocole médical national, Québec. inesss.qc.ca →
- Gouvernement du Québec. « Retrait d'une tique en cas de piqûre ». Québec.ca. quebec.ca →
- eTick. « Plateforme de surveillance et d'identification des tiques ». etick.ca →
- Efficacité de la doxycycline en prévention de l’anaplasmose. dropbox.com →