Pour la rage, on pense au chien, mais le chat arrive en tête
Un chat errant a mordu trois personnes en Montérégie avant qu'on comprenne qu'il était enragé. La Presse, sous la plume de Jean-Thomas Léveillé, rapportait cette semaine donc ce premier cas confirmé chez un chat depuis le début de l'épidémie de rage du raton laveur au Québec.
Un chat, vraiment? On imagine plus volontiers la rage chez un raton laveur, une chauve-souris ou un chien qui écume, rarement chez le matou du quartier. Pourtant, aux États-Unis, le chat est l'animal domestique le plus souvent déclaré enragé, devant le chien. Chaque année, on y recense environ 200 à 300 chats atteints (222 pour la seule année 2023). Pourquoi le chat? Parce qu'il chasse, vagabonde et croise les animaux sauvages qui sont les vrais réservoirs du virus, et parce qu'on le fait vacciner bien moins souvent que le chien. Pour la rage, le chat devient ainsi un pont entre la faune infectée et nous.
La rage est causée par un virus. Au Québec, ses réservoirs sont les mammifères sauvages : ratons laveurs, mouffettes, renards et chauves-souris. Elle se transmet par une morsure, ou par le contact de la salive d'un animal infecté avec une plaie ou une muqueuse. Une fois sous la peau, le virus remonte lentement le long des nerfs, de proche en proche, jusqu'au cerveau.
C'est ce voyage à petits pas qui explique la longue incubation, souvent deux à trois mois, et c'est cette lenteur qui laisse une fenêtre pour agir. Parce que si le virus atteint enfin le cerveau et que les premiers symptômes apparaissent, il est trop tard et la rage est alors presque toujours mortelle en une quinzaine de jours, plus aucun traitement ne peut l'arrêter.
Ce n'est pas une petite maladie : dans le monde, l'OMS lui attribue environ 59 000 décès par année, presque tous en Asie et en Afrique, et 99 % transmis par une morsure de chien. Ici, les cas humains sont devenus rarissimes et souvent liés à une chauve-souris, l'espèce derrière la plupart des cas humains en Amérique du Nord. Le dernier au Québec (et le premier depuis les années 1960) remonte à l'année 2000, un jeune garçon de neuf ans malheureusement décédé.
Quoi faire si un animal suspect vous mord, vous griffe ou si sa salive touche une plaie? La première étape se passe à l'évier : laver la plaie à l'eau et au savon pendant 10 à 15 minutes. Ce geste élimine déjà une bonne partie du virus. Ensuite, on appelle Info-Santé 811. Un professionnel évaluera le risque réel (l'espèce en cause, la région, la possibilité d'observer l'animal) avant de décider s'il faut traiter. Et une chauve-souris trouvée au réveil dans une chambre pourrait justifier un appel même sans morsure visible. Une opinion par un professionnel de la santé est au moins de mise.
Le traitement porte le nom de prophylaxie post-exposition, autrement dit la course de la médecine contre le virus. Du temps où je travaillais à l'urgence générale de Pierre-Boucher, en Montérégie justement, il m'est arrivé de l'entreprendre. La logique en est limpide : armer le corps avant que le virus n'attaque le cerveau. On administre une série de vaccins, qui apprennent au système immunitaire à fabriquer ses propres défenses. Et pour les expositions les plus sérieuses, on injecte en plus, directement dans la plaie, des immunoglobulines (des anticorps prêts à l'emploi) qui neutralisent le virus sur place le temps que le vaccin prenne le relais. Donnée à temps, cette stratégie est remarquablement efficace et les échecs sont extrêmement rares.
Faut-il paniquer? Non. Le risque pour un humain demeure faible chez nous, et le traitement, administré rapidement, fonctionne presque à tous les coups. Mais une morsure, surtout d'un animal qui se comporte étrangement, mérite un appel plutôt qu'un haussement d'épaules.
C'est aussi pourquoi l'épidémie qui couve chez les ratons laveurs est suivie de si près par l'INSPQ et les ministères : le 212e animal infecté vient d'être recensé depuis les premiers cas, à Saint-Armand, en décembre 2024, et plus de 200 000 appâts vaccinaux ont été dispersés dans la nature pour immuniser les bêtes elles-mêmes. On vaccine ainsi les ratons… pour ne pas avoir à vacciner les gens.
*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.
Références
- CDC. Rabies Outbreak in an Urban, Unmanaged Cat Colony — Maryland (MMWR, 2025). cdc.gov →
- Rabies surveillance in the United States during 2023 (JAVMA / CDC). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov →
- INSPQ. La rage. Mise à jour : 28 juillet 2026. inspq.qc.ca →
- OMS. Rage — Principaux repères. who.int →
- Gouvernement du Québec. Opérations de surveillance et de contrôle de la rage du raton laveur. Mise à jour : 14 juillet 2026. quebec.ca →
- Prévention de la rage : stratégies et efficacité — synthèse (Consensus.app). Dropbox (lien tronqué dans le commentaire)