Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 12 juillet 2026

Soccer : les “têtes” inquiètent les chercheurs

Aujourd'hui s'ouvre à Londres le plus grand congrès mondial sur la maladie d'Alzheimer et autres démences (l'AAIC), où une importante question revient sur la table : jouer souvent du ballon de la tête, au soccer, peut-il abîmer le cerveau à long terme ?

En pleine coupe du monde, ça mérite qu'on s'y arrête, parce que c'est le sport de participation le plus pratiqué au monde, et le plus grand sport de participation au Canada.

En 2019, une étude marquante publiée dans le New England Journal of Medicine (l'étude FIELD) a comparé 7 676 anciens footballeurs professionnels écossais à plus de 23 000 personnes de la population générale. Le constat : les anciens joueurs mouraient environ 3,5 fois plus souvent d'une maladie neurodégénérative (ces maladies où des cellules du système nerveux dégénèrent progressivement). La mortalité avec mention de maladie d'Alzheimer était environ multipliée par cinq, celui de la sclérose latérale amyotrophique (la maladie de Lou Gehrig) par quatre, celui du Parkinson par deux.

Chaque coup de tête n'est pas une commotion, loin de là. Mais il est possible que ces milliers de petites secousses, accumulées sur une carrière, laissent des traces. Détail révélateur : aucune hausse statistiquement significative n'était démontrée chez les gardiens. Or, un gardien touche rarement le ballon de la tête.

Une étude néerlandaise publiée en mai dernier (dans JAMA Neurology) a suivi plus de 300 joueurs amateurs le temps d'un match par joueur. Résultat : immédiatement après le match, chez les joueurs ayant fait des têtes, on retrouvait dans leur sang une hausse de deux marqueurs de souffrance du cerveau — la p-tau217 (un biomarqueur associé à la pathologie Alzheimer) et la S100B (libérée quand les cellules de soutien du cerveau sont malmenées). Bon, les marqueurs redescendaient à la valeur de base en 24 à 48 heures, le signal était donc passager. Mais reste la crainte, encore non démontrée, que ces petits chocs, répétés des milliers de fois, s'additionnent.

De nouvelles données dévoilées aujourd'hui vont dans le même sens, tout en invitant à la prudence. Une équipe de l'Imperial College de Londres a examiné 142 anciens joueurs professionnels âgés de 30 à 60 ans. La dépression était chez eux plus de trois fois plus fréquente que chez des témoins (31 % contre 9 %), l'anxiété plus courante (42 % contre 25 %), et l'IRM montrait, au niveau du groupe, un volume moindre de matière grise dans certaines régions. Par contre, aux tests de mémoire et de réflexion, ces anciens joueurs faisaient aussi bien que les autres. Autrement dit : des changements visibles, mais pas (encore?) de déclin intellectuel mesurable. Et ces travaux, présentés en congrès, ne sont pas encore révisés par des pairs, alors gardons-les au conditionnel.

Faut-il pour autant ranger les crampons ? Certainement pas. Le soccer est excellent pour le cœur, l'humeur et la santé globale, et l'immense majorité des joueurs ne développeront jamais de démence. J'ai l'impression que l'enjeu se joue ailleurs : chez les enfants, dont le cerveau est encore en plein chantier. C'est pourquoi plusieurs fédérations ont agi : en Angleterre, les têtes ne sont pas introduites à l'entraînement chez les U7-U11, et elles sont progressivement retirées des matchs dans ces catégories, et aux États-Unis, U.S. Soccer interdit les têtes à 10 ans et moins et les limite chez les 11-13 ans. C'est une prudence raisonnable, le temps que la science tranche.

Au Canada, Canada Soccer a aussi resserré ses directives en 2025 : les coups de tête ne doivent pas être introduits à l'entraînement chez les U11 et moins; ils ne sont introduits qu'ensuite de façon graduelle et très limitée, avec des plafonds de répétitions. Au Québec, Soccer Québec applique surtout les règles nationales et ses protocoles de commotion, sans règle provinciale plus restrictive que je puisse trouver, peut-être les avez-vous?

Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Mackay DF, Russell ER, Stewart K, et al. « Neurodegenerative Disease Mortality among Former Professional Soccer Players » (étude FIELD), NEJM, 21 octobre 2019. nejm.org
  • University of Glasgow — « Study reveals dementia risk in former professional footballers », 21 octobre 2019. gla.ac.uk
  • Russell ER et al. « Association of Field Position and Career Length With Risk of Neurodegenerative Disease… », JAMA Neurology, 2021. jamanetwork.com
  • Hoppen MI et al. Amateur Soccer Heading and Acute Elevations in Blood-Based p-Tau217 and S100B. JAMA Neurol. 2026 May 18. doi:10.1001/jamaneurol.2026.1224. jamanetwork.com
  • Amsterdam UMC — « Amateur soccer players show acute elevations in blood biomarkers… », mai 2026. amsterdamumc.org

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