Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 14 août 2026

Soigner le cœur dans un corps fragile

Vous avez sûrement déjà entendu parler d'un cas comme celui-ci : une personne de 84 ans, 11 médicaments, un problème cardiaque et sa famille pour compléter les bribes de l'histoire. L'intervention se passe bien, le cœur va mieux, mais trois jours plus tard, la personne est confuse, marche moins bien et ne peut plus retourner seule chez elle. Est-ce un succès ?

Une déclaration scientifique de l'American College of Cardiology publiée le 10 août 2026 pose ce genre de question. Ce n'est pas une nouvelle étude, plutôt une prise de position d'experts sur trois problèmes qui voyagent souvent ensemble et ont tendance à s'aggraver mutuellement : la maladie cardiovasculaire, l'atteinte cognitive et la fragilité générale.

Environ le tiers des patients vus en clinique de cardiologie présenteraient une atteinte cognitive si on la recherche. Pas nécessairement une démence, mais un déficit mesurable de mémoire, d'attention ou de raisonnement, que ni la personne ni son médecin n'avaient peut-être remarqué. Et parmi les aînés subissant une angioplastie (dilatation d'une artère nourrissant le cœur), environ les deux tiers répondraient aussi à certains critères de fragilité générale.

Alors que la médecine mesure depuis toujours les infarctus, les AVC et les décès, il faudrait aussi et surtout évaluer, après 80 ans, ce qui compte souvent davantage : demeurer lucide, savoir rester debout, être autonome, pouvoir faire ses courses et, bien entendu, vivre chez soi. Une artère débloquée n'aide pas tellement si la personne ne se relève pas de son fauteuil. À ce sujet, justement : essayez de vous lever cinq fois d'une chaise, bras croisés, sans les mains. Comment ça se passe ?

Le texte relativise aussi certains « miracles » : le contrôle très serré du diabète n'aurait pas tant d'effet sur la cognition dans ce groupe d'âge ; la diète (MIND, ici) est associée à moins de démence dans les études observationnelles, mais un essai randomisé (au hasard) n'a montré aucun bénéfice après trois ans ; et même l'exercice modéré, si utilisé seul chez des aînés sans atteinte cognitive, n'a pas amélioré la mémoire dans un grand essai, même s'il demeure tout de même bon pour le cœur, les muscles, l'équilibre et l'autonomie.

Plutôt que de viser une seule cible, ce qui semble le mieux fonctionner, ce sont plutôt les approches combinées : activité physique, force, équilibre, nutrition, stimulation cognitive et contrôle des facteurs cardiovasculaires, avec un véritable encadrement proactif et soutenu. Ainsi, la vraie réadaptation cardiaque réunit par exemple plusieurs de ces éléments et devrait donc, selon les auteurs, devenir une stratégie centrale, intégrant des formules à domicile ou hybrides lorsque le transport est difficile.

Il faut aussi regarder la liste de médicaments. Cinq médicaments ou plus, c'est déjà de la polypharmacie ; dix ou plus, de la polypharmacie majeure, avec son lot d'effets secondaires : étourdissements, fatigue, confusion et perte d'appétit, enlevant parfois l'énergie nécessaire pour récupérer d'un événement cardiaque. Et même si l'effet de la déprescription sur la cognition demeurerait mal étudié, revoir chaque médicament, simplifier les prises et retirer ce qui n'est plus utile relève du gros bon sens, c'est en tout cas ce qui est souligné.

Concrètement, voici trois actions à poser : apporter une liste complète de ses médicaments, demander « Y en a-t-il un dont je pourrais me passer ? » et accompagner la personne au rendez-vous si la mémoire inquiète.

Les auteurs admettent que ces recommandations relèvent souvent du gros bon sens et reposent sur des données limitées et fragmentées. Mais les questions sont les bonnes, parce que lors d'une consultation, il ne faut pas seulement demander : « Comment va votre cœur ? », mais surtout : « Êtes-vous encore capable de faire ce qui compte pour vous ? ». Et réfléchir à comment arriver à mieux vous aider.

*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Alexander KP et coll. Cognitive impairment and frailty in older adults with cardiovascular disease : 2026 ACC scientific statement. JACC, en ligne le 10 août 2026. doi.org
  • Fédération québécoise des Sociétés Alzheimer, statistiques sur les troubles neurocognitifs au Québec, données de 2025.
  • Réseau canadien pour l'usage approprié des médicaments et la déprescription, « Trop de médicaments ? ». reseaudeprescription.ca
  • Nasreddine ZS et coll. The Montreal Cognitive Assessment, MoCA. JAGS, 2005. doi.org

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