Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 10 août 2026

“Tiens-toi droit” comme me disait ma mère

Se tenir droit, comme votre mère vous l'a toujours répété (la mienne en tout cas, pas la vôtre?) est-ce que ça vous fait sentir mieux et même agir différemment ? Une équipe de McGill, à Montréal, a récemment voulu le vérifier, et la réponse est à la fois amusante et assez nuancée.

Dans cette étude parue dans le British Journal of Psychology, les personnes qu'on avait amenées à une meilleure posture ont pris un brin plus de risques dans un petit jeu : gonfler un ballon virtuel le plus possible sans le faire éclater, chaque coup de pompe rapportant quelques sous. Les "redressés" ont poussé la chance un peu plus loin (36 gonflements contre 32) sans être plus imprudents pour autant, pas plus de ballons éclatés, et un peu plus de gains au bout du compte. L'effet était donc réel, mais modeste. Côté humeur, par contre, c'est plus mince : pas de vraie différence de fierté ni de bien-être ressenti entre ceux qui se tenaient droits et les autres. Bref, un peu plus d'audace, pas forcément plus de bonheur.

L'étude est aussi intéressante dans sa façon de procéder. D'habitude, dans ce genre de recherche, on demande apparemment aux gens d'adopter une "posture de pouvoir", pour ce que ça veut dire. Le hic, c'est qu'on finit par mesurer surtout leur bonne volonté à jouer le jeu. Ici, personne ne savait que sa posture était en cause : on avait simplement réglé la hauteur de la tablette et de la table (soi-disant pour tester une application) de sorte que les uns se redressaient et que les autres se penchaient, sans s'en douter. Les chercheurs ont même filmé l'angle du cou pour mesurer la posture réelle. Et l'effet tenait même chez ceux qui n'avaient rien soupçonné. Astucieux !

Restent les limites, bien réelles. L'échantillon, c'est près de 200 personnes d'une vingtaine d'années, en grande majorité des femmes, étudiantes à Montréal : je veux pas péter votre balloune mais rien ne dit ce que ça vaut une fois passé, disons, la cinquantaine. Et "prendre plus de risques" dans un jeu de ballon, ce n'est pas décider mieux dans la vraie vie, par exemple d'aller faire tourner des ballons sur son nez.

Il faut aussi replacer tout ça dans un contexte. L'idée qu'une posture "triomphante" nous transforme a été rendue célèbre par une conférence TED parmi les plus vues de tous les temps : on y promettait qu'en deux minutes, les bras grand ouverts, on modifiait ses hormones et son audace. Sauf que les tentatives de reproduire ces résultats ont échoué, une des chercheuses à l'origine du concept ayant d'ailleurs fini par dire qu'elle n'y croyait plus (les épaules voûtées, sans doute) et les grandes synthèses menées depuis ne trouvent, au mieux, que de petits effets fragiles.

L'étude de McGill ne représente donc ni la révélation qu'on nous avait vendue ni un échec : plutôt un effet réel, mais de faible ampleur, mesuré honnêtement, et sur le comportement plus que sur l'humeur, démonstration de science qui se corrige elle-même, en ajustant ses méthodes.

Alors, si vous tenir droits vous fait du bien, tant mieux, il y a peut-être plein d'autres effets positifs (je n'ai pas révisé le tout, peut-être un jour). En tout cas, le plus important, c'est que ma mère serait full d'accord avec cette étude, il faut dire qu'elle s'est tenue droite jusqu'à 103 ans et qu'elle n'a jamais manqué d'audace.

*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Wainio-Theberge, S. et Armony, J. (2026). Manipulating posture implicitly through environmental constraints influences mood and risk-taking behaviour. British Journal of Psychology. doi.org
  • Carney, D. R., Cuddy, A. J. C. et Yap, A. J. (2010). Power posing. Psychological Science. doi.org
  • Ranehill, E. et coll. (2015). Assessing the robustness of power posing. Psychological Science. doi.org
  • Körner, R. et coll. (2022). Dominance and prestige : a meta-analytic review. Psychological Bulletin. doi.org

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