Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 7 août 2026

TV et cerveau

Une étude parue récemment dans Alzheimer’s & Dementia m’a intrigué, après avoir lu un article de Jean-Benoit Legault de La Presse canadienne sur le sujet. Dans cette étude américaine, on avait jadis demandé vers 53 ans à 1712 personnes à quelle fréquence elles regardaient la télévision pendant leurs loisirs. Environ 23 ans plus tard, à 76 ans en moyenne, sans démence diagnostiquée, ces personnes ont passé une résonance magnétique du cerveau.

Chez celles qui avaient répondu « très souvent » à la question fatidique, on trouve aujourd’hui moins de volume dans les régions frontales et occipitales (l’arrière du cerveau), et dans ce qu’on appelle les régions « signature d’Alzheimer » (celles au cœur du cerveau qui s’abîment tôt dans la maladie). On retrouve aussi plus « d’hypersignaux » de la substance blanche, ces petites cicatrices qui trahissent l’usure des petits vaisseaux du cerveau. Notez que le questionnaire ne mesurait pas vraiment les heures, mais une impression de « jamais » à « très souvent ». Par ailleurs, le groupe « très souvent » ne comptait que 95 personnes.

Ces résultats ne sortent toutefois pas de nulle part. Une vaste méta-analyse parue en 2025, réunissant dix cohortes et plus de trois millions de personnes, trouvait un risque de démence jusqu’à 31 % plus élevé quand on isole le temps passé devant la télévision et environ 17 % chez les plus sédentaires. Bonne nouvelle si vous lisez ceci sur écran : le temps passé à l’ordinateur, lui, n’augmentait pas le risque. La grande cohorte britannique UK Biobank montre d’ailleurs un peu la même chose. Tous les écrans ne se valent donc pas !

La même étude a d’ailleurs aussi mesuré le temps passé assis au travail, où, en général, on n’écoute pas (souvent) un soap américain. Le résultat est à l’inverse : les personnes qui restaient toujours assises au boulot avaient moins d’hypersignaux et plus de volume dans les régions frontales, occipitales et pariétales.

Autrement dit, selon ces données, ce n’est pas tant le fauteuil, le problème, que ce qu’on fait dedans. Rester assis en lisant, en calculant ou en réglant des problèmes semble bien différent, pour le cerveau, à rester assis en absorbant passivement des images.

Comment l’expliquer ? Du côté des vaisseaux, de longues périodes immobiles réduiraient le débit sanguin dans le cerveau et affecteraient le métabolisme, ce qui abîmerait les petits vaisseaux. Et du côté du cerveau, une activité qui exige de planifier, de décider, de suivre un raisonnement entretiendrait les réseaux frontaux, alors que l’écoute passive les laisse plutôt en repos. Ce qui est parfois bienvenu après une grosse journée au travail !

Fait surprenant, tenir compte de l’activité physique n’a presque rien changé à ces résultats spécifiques. Bouger demeure excellent pour tout, mais l’idée qu’une heure de gym « rachèterait » cinq heures de télé ne semble pas bien appuyée.

Autre limite, qui compte pour vrai, du moins pour la moitié d’entre vous : chez les femmes, qui formaient pourtant la majorité de l’échantillon, aucune association n’a été trouvée. Tout l’effet vient des hommes, et personne ne sait encore pourquoi. Fait que les gars, vous savez quoi faire.

Faut-il jeter la TV par la fenêtre ? Sûrement pas. D’abord, c’est polluant, mieux vaut la recycler. Ensuite, l’étude est observationnelle, la mesure est plutôt grossière, et il reste possible qu’un cerveau qui vieillit un peu moins bien pousse discrètement vers les loisirs les plus passifs, plutôt que l’inverse.

Ce qui est important, c’est sans doute non seulement « moins de télé allumée », mais aussi : « plus de cerveau allumé ». Et que, même si les recommandations de prévention traitent encore la sédentarité comme un bloc unique, il faut probablement distinguer ce qui est passif et actif. Bref, rester assis, c’est surtout un problème si on l’éteint (je parle du cerveau).

*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l’information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Feter N, Nanda A, Hourihan S, et coll. Associations of distinct sedentary behaviors with cortical, subcortical, and white matter hyperintensity volumes: Evidence from the ARIC study. Alzheimer’s & Dementia. 2026;22:e71582 (en ligne en juillet 2026). alz-journals.onlinelibrary.wiley.com
  • Luo L, Huang Y, Gao G, Chien CW, Tung TH. Association between sedentary behavior and dementia: a systematic review and meta-analysis of cohort studies. BMC Psychiatry. 2025;25:451 (5 mai 2025). Sédentarité globale RR 1,17 ; télévision 1,31 ; ordinateur 0,89 (non significatif). bmcpsychiatry.biomedcentral.com
  • Raichlen DA, Klimentidis YC, Sayre MK, et coll. Leisure-time sedentary behaviors are differentially associated with all-cause dementia regardless of engagement in physical activity. PNAS. 2022;119(35):e2206931119 (UK Biobank). pnas.org
  • Communiqué de l’Université de la Californie du Sud (USC Dornsife), juillet 2026 : « Heavy TV watching associated with smaller brain structures ». dornsife.usc.edu

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