Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 24 juillet 2026

Un déjeuner sans jus d'orange...

« Un déjeuner sans jus d'orange, c'est comme une journée sans soleil. » Vous vous souvenez ? Un bon grand verre le matin, voilà qui a tout du réflexe santé, non ? C'était très convaincant. J'en ai d'ailleurs bu pas mal, jadis. Mais voilà, c'est probablement faux, comme le rappelle une (autre) étude qui vient de paraître dans la revue Circulation et nous invite à regarder ce jus autrement, du moins du côté de la tension artérielle.

Parmi nos habitudes alimentaires, celles qui touchent aux sucres concentrés sont parmi les plus étudiées, rarement à leur avantage. Une équipe dirigée par des chercheurs de l'Université de Toronto a donc suivi plus de 25 000 personnes, à partir d'une grande cohorte américaine, de l'enfance (environ 12 ans en moyenne) jusqu'à l'âge adulte (environ 36 ans), soit sur près de 25 ans, une durée fort intéressante pour voir si les habitudes de jeunesse laissent une trace des décennies plus tard.

Le problème, c'est le sucre liquide et « libre », c'est-à-dire hors de tout aliment qui le retiendrait, et plus particulièrement le fructose, objet principal de cette étude. C'est un sucre naturellement présent dans les fruits, mais aussi apporté par le sucre de table et le sirop de maïs, et quand on additionne toutes ses sources, c'est surtout sa forme liquide qui est mise en cause.

Dans le fruit entier, le fructose lié aux fibres et accompagné de polyphénols (antioxydants qui pourraient aider les vaisseaux à se détendre) est digéré lentement et le corps s'ajuste mieux. Mais sous forme liquide, comme dans les boissons gazeuses, les boissons pour sportifs ou un bon grand jus d'orange, c'est différent : un verre de jus (environ 250 mL) concentre le sucre de près de trois oranges… qu'on n'avalerait sûrement pas d'un coup en entier. Ce fameux fructose arrive alors rapidement et en grande quantité au foie, qui fabrique notamment de l'acide urique (la molécule en cause dans la goutte), qui à son tour, altère la paroi des vaisseaux et fait ainsi monter la pression. C'est en tout cas un des mécanismes évoqués, parmi d'autres.

Selon l'étude, les grands consommateurs de boissons sucrées (soit deux portions et plus par jour) avaient ainsi environ 50 % plus de risque d'hypertension que ceux qui en buvaient rarement. Et le jus de fruits n'était pas épargné, avec près d'un tiers de risque en plus chez les plus grands buveurs, chaque portion quotidienne de jus d'orange ajoutant environ 20 % de risque. Comme attendu et à l'inverse, le fruit entier n'augmente pas ce risque, avec même une tendance à la baisse.

Je reste prudent, autant que les auteurs le sont : d'abord, c'est une étude d'observation, qui montre une association, pas la preuve que le sucre liquide cause à lui seul l'hypertension ; notons aussi que les gens rapportaient eux-mêmes leur tension et leur poids, ce qui est moins fiable qu'une mesure en clinique ; enfin, l'échantillon, surtout blanc, ne représente pas toute la population. J'ai tout de même l'impression qu'on sous-estime encore les effets du sucre liquide, notamment parce qu'il se cache dans des boissons à bonne réputation.

Des trucs ? Remplacer une seule boisson sucrée quotidienne par de l'eau était associé à une baisse d'environ 10 % de risque d'hypertension ; par un fruit entier, à environ 20 % en moins. Ce n'est donc pas tant le fructose que sa forme, sa quantité et sa vitesse d'arrivée qui sont en cause, parce que le même sucre, mordu dans une pomme, ne tient pas le même discours à nos artères. Et même s'il ne faut sûrement pas paniquer pour un jus occasionnel, essayons de choisir l'eau quand nous avons soif et le fruit entier comme collation. C'est tout simple, et ça semble une bonne idée.

En conclusion: « Un déjeuner sans jus d'orange, c'est mieux qu'une journée sans soleil. »

*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Étude primaire : Nguyen M et coll. « Consumption of Fructose-Containing Food and Beverage Sources in Childhood Through to Adulthood and Risk of Hypertension: A Prospective Cohort Study ». Circulation, 2026;154. DOI: 10.1161/CIRCULATIONAHA.125.077666. doi.org
  • Vulgarisation : ScienceDaily, « Popular childhood drinks may raise blood pressure decades later », 23 juillet 2026. sciencedaily.com
  • Repère pratique : Santé Canada, Guide alimentaire canadien — « Faites de l'eau votre boisson de choix ». canada.ca

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