Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
← Tous les mots
Billet · 21 août 2026

Vacciner pour prévenir le retour du cancer

Pour la première fois, un vaccin anticancer à ARNm aurait franchi avec succès un essai de phase 3 mené auprès d'environ 1 100 patients, notamment au CHUM et au CHU de Québec–Université Laval. J'utilise le conditionnel « aurait » (en manifestant un peu mon irritation scientifique) parce que les résultats ne sont en fait pas publiés. Mais nous le savons parce que Moderna et Merck l'ont annoncé le 19 août et que la nouvelle a fait le tour du monde.

Bon, cela ne nous empêche pas d'essayer de comprendre ce dont il s'agit. Les patients ont reçu soit ce vaccin accompagné du pembrolizumab, soit le pembrolizumab seul. Il ne prévient pas l'apparition du cancer (comme un autre préviendrait la rougeole), il était plutôt administré pour l'empêcher de revenir une fois le mélanome à risque élevé retiré chirurgicalement.

Pour fabriquer le vaccin, unique à chaque patient, on compare l'ADN de la tumeur à celui du sang afin de repérer les mutations qui produisent des protéines anormales appelées « néoantigènes » (« néo » pour nouveau, « antigène » parce que le système immunitaire peut le reconnaître). Après qu'un algorithme en a sélectionné plusieurs, on fabrique un ARN messager qui transporte les informations.

Une fois injecté, cet ARNm montre ces protéines au système immunitaire, qui apprend ainsi à reconnaître les cellules cancéreuses portant les mêmes marques. Mais voilà seulement un portrait-robot remis à la police, les lymphocytes entraînés à reconnaître la cible attaquent ensuite les cellules coupables.

Sauf que ces cellules cancéreuses ont plus d'un tour dans leur sac : elles peuvent désactiver les soldats dépêchés au front, en exploitant un frein naturel destiné à empêcher notre système immunitaire d'attaquer nos propres tissus. C'est là que le pembrolizumab ( « - mab » = anticorps monoclonal), donné avec le vaccin, agit, en levant ce frein, une division du travail apparemment productive.

Les anciens vaccins anticancer cherchaient plutôt une cible commune à plusieurs tumeurs et ont largement échoué. Mais l'ARN messager, notamment grâce aux progrès scientifiques accélérés par la pandémie, permet aujourd'hui de fabriquer en quelques mois une recette spécifique pour chaque tumeur, chacune possédant un ensemble différent de mutations.

Les chiffres actuellement disponibles proviennent d'un essai antérieur mené auprès de 157 personnes. Quatre ans après le traitement, environ 72 % des patients ayant reçu la combinaison étaient toujours sans récidive, contre 49 % sous pembrolizumab seul. Sans métastase à distance, les proportions atteignaient respectivement 84 % et 65 %. L'écart était impressionnant, mais il ne démontrait pas (encore) que les patients vivent plus longtemps, les décès demeurant trop peu nombreux pour trancher.

Bien qu'en oncologie, des résultats prometteurs observés dans de tels petits essais s'évaporent souvent au passage à la phase 3, cela ne semble pas être arrivé cette fois. Mais le communiqué ne fournit aucun chiffre, les entreprises promettant de présenter les résultats détaillés dans un prochain congrès. Entretemps, le titre de Moderna est tout de même passé le 62$ à 189$ (USD) en une seule journée (le 19 août) suite à l'annonce (avant de redescendre) !

Il faut savoir que ce vaccin n'est encore homologué nulle part. Au Québec, le pembrolizumab utilisé seul après la chirurgie est tout de même remboursé sous certaines conditions. Si les résultats détaillés confirment l'annonce, il faudra donc évaluer aussi ce vaccin personnalisé, prometteur, mais probablement très coûteux, à l'arsenal thérapeutique.

Pour l'instant, soyons bons joueurs, parce que je me réjouis pour les patients souffrant d'un mélanome. Mais la différence entre un communiqué de presse et un article scientifique, c'est un peu la même qu'entre l'espoir et le savoir. Et bien des patients ont hâte de savoir !

*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l'information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • Fieldhouse R, Basu M. Moderna cancer vaccine stops melanoma returning, Nature. nature.com
  • Khattak A, Carlino MS et coll. Mise à jour à cinq ans de l'étude KEYNOTE-942, Journal of Clinical Oncology. ascopubs.org
  • Weber JS et coll. Essai randomisé de phase 2b KEYNOTE-942, The Lancet. doi.org
  • INESSS. Keytruda (pembrolizumab), mélanome cutané, traitement adjuvant. inesss.qc.ca

Le billet original sur Facebook →