Alain VadeboncoeurDu premier au dernier mot
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Billet · 27 août 2026

Vapotage pour arrêter de fumer : ça fonctionne, mais…

Sur 100 personnes qui essaient d’arrêter de fumer avec des timbres ou des gommes de nicotine, environ 6 y arrivent pendant au moins 6 mois. Avec une cigarette électronique à la nicotine, elles sont 10. Quatre arrêts de plus sur 100, ce n’est pas un miracle. Mais cela représente tout de même une augmentation importante des chances de réussir.

La collaboration Cochrane vient de publier la nouvelle version de sa revue systématique sur le vapotage comme aide à l’arrêt du tabac. Il ne s’agit pas d’un nouvel essai, mais d’une synthèse de 80 essais avec répartition au hasard, mise à jour en continu, regroupant 29 861 adultes qui fumaient, examinés un par un pour leur solidité, puis regroupés. L’équipe relance cette analyse tous les mois et met la revue à jour dès qu’un résultat pertinent apparaît. Notez que tout cela s’adresse à quelqu’un qui fume déjà !

Neuf essais ont donc été ajoutés depuis novembre 2025. Et la conclusion demeure : la cigarette électronique à la nicotine permet davantage d’arrêts du tabac que les substituts nicotiniques. Le niveau de certitude est élevé, le plus haut niveau de l’échelle utilisée par Cochrane.

Cela ne signifie pas que le vapotage constitue « la meilleure méthode » pour arrêter. La comparaison solide porte sur les timbres, les gommes, les pastilles et les autres substituts nicotiniques. Contre la varénicline, un médicament d’ordonnance, les données sont encore trop limitées pour conclure.

Il faut aussi mentionner le dénominateur complet : si 10 personnes sur 100 réussissent, 90 n’y arrivent pas… avec cet outil-là non plus. Un triste constat, étant donné qu’il s’agit du geste de prévention le plus efficace, toutes catégories confondues, qui montre aussi à quel point la substance est addictive.

Si la cigarette électronique aide bien davantage de gens à sortir du tabac, elle permet à moins de gens de se libérer à la fois du tabac et de la nicotine. Plusieurs continuent en effet à vapoter longtemps après avoir cessé de fumer. Autrement dit, l’appareil fait sortir du tabac, mais il ne fait pas nécessairement sortir de la nicotine. C’est peut-être en partie la raison pour laquelle il fonctionne.

Sur le plan de l’innocuité, la revue ne détecte pas davantage d’effets indésirables graves qu’avec les substituts nicotiniques.

Elle ne contient aucune donnée au-delà de deux ans. Elle porte aussi sur des produits réglementés utilisés par des adultes qui fumaient déjà, pas sur des produits clandestins, des adolescents ou des gens qui n’ont jamais fumé.

Mais voici où les choses deviennent vraiment plus difficiles à suivre: il y a un an, le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs écrivait plutôt : « Nous suggérons de ne pas utiliser la cigarette électronique à des fins de cessation tabagique, sauf dans certaines circonstances. » Deux organismes sérieux regardent donc les mêmes données et semblent arriver à des conclusions différentes. En fait, ils ne répondent simplement pas à la même question.

Cochrane se demande : « Est-ce que le vapotage fonctionne mieux que les timbres et les gommes ? » La réponse est oui. Le groupe canadien se demande plutôt : « Que devrait-on recommander à l’ensemble de la population ? » Cette question tient aussi compte des autres médicaments disponibles, des inconnues à long terme, de l’absence d’homologation et des conséquences possibles d’une recommandation sur le reste de la société, et surtout les adolescents. Le même guide recommande par ailleurs fortement la varénicline et la cytisine (un produit naturel).

Au Québec, la contradiction est tangible, puisque aucun produit de vapotage n’est homologué comme aide à l’arrêt du tabac et il ne peut être prescrit ni remboursé, alors que les aides pharmacologiques le sont. Pour quelqu’un qui fume déjà et qui utilise le vapotage pour arrêter, les données Cochrane apportent tout de même un message rassurant : ce n’est pas une mauvaise idée. Elle ne leur dit pas, toutefois, ce qui arrive après deux ans.

Alors « est-ce que la ECIG marche mieux que les timbres ? ». La réponse est assez claire. « Est-ce qu’on devrait le recommander ? » demeure une question beaucoup plus complexe, et la différence des réponses n’est pas tant dans les données étudiées que dans la question posée et le contexte dans lequel elle est posée. D’où des réponses contradictoires entre lesquelles il est aujourd’hui difficile de s’y retrouver.

*Pour qui souhaite en lire davantage, les références sont dans le premier commentaire. Ce texte constitue de l’information générale et ne représente pas un avis médical. Toujours en référer à votre équipe traitante.

Références

  • — Lindson N et coll. Electronic cigarettes for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews 2026, numéro 8, art. CD010216. DOI 10.1002/14651858.CD010216.pub11. Résumé public de la revue : cochrane.org
  • — Groupe d'étude canadien sur les soins de santé préventifs. Recommandations sur les interventions de cessation tabagique pour les adultes au Canada. CMAJ, 25 août 2025 ;197(28) :E874-E892. Version française. cmaj.ca
  • — Institut national de santé publique du Québec. Vapotage chez la population générale. inspq.qc.ca
  • — Gouvernement du Québec. Cigarette électronique. quebec.ca
  • — Gravely S, Sweanor D, Driezen P et coll. Use of nicotine vaping products during an attempt to quit smoking by Canadian adults who smoke or recently quit. Promotion de la santé et prévention des maladies chroniques au Canada, Agence de la santé publique du Canada, janvier 2025 ;45(1). canada.ca